Liquide vaisselle maison : pourquoi le vôtre ne mousse pas
Mis à jour le 6 septembre 2026
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Vous avez suivi la recette à la lettre, savon de Marseille râpé, eau chaude, une cuillère de bicarbonate, peut-être un trait de vinaigre. Le mélange a l’air correct dans le flacon, et au premier contact avec l’évier il ne se passe rien : pas de mousse, un film gras qui reste sur les assiettes, et un dépôt blanchâtre au fond de la bassine.
Ce n’est ni un ratage ni un problème de dosage. C’est de la chimie, et elle est prévisible. Trois mécanismes expliquent presque tous les échecs de liquide vaisselle maison, et deux d’entre eux dépendent de l’eau qui sort de votre robinet, pas de la recette. Cette page les prend un par un, avec le calcul qui permet de savoir à quoi s’attendre chez soi.
En bref : le savon est un carboxylate, et le calcium de l’eau dure le transforme en savon de chaux insoluble, ce dépôt gris qui ne lave rien et ne mousse pas. Dans une eau à 25 degrés français, il faut environ 1,5 g de savon par litre avant que la première bulle apparaisse. Le vinaigre ajouté à la recette annule le savon une seconde fois. Un liquide vaisselle maison au savon fonctionne en eau douce, dégraisse correctement, et moussera toujours moins que celui du commerce, qui contient un agent moussant ajouté exprès.
Pourquoi un liquide vaisselle maison mousse-t-il moins que celui du commerce ?
Parce que ce ne sont pas les mêmes molécules. Le savon, celui de Marseille comme le savon noir, est un carboxylate : un acide gras transformé en sel par la soude ou la potasse. C’est le plus vieux tensioactif du monde, et il a un défaut, il précipite avec le calcium et le magnésium.
Les liquides vaisselle industriels n’utilisent pas de savon. Ils reposent sur des tensioactifs de synthèse, sulfonates et sulfates, insensibles à la dureté de l’eau, auxquels les fabricants ajoutent un agent moussant, le plus souvent une bétaïne. Le règlement européen sur les détergents encadre ces familles et leur biodégradabilité, ce qui explique qu’on retrouve les mêmes noms sur toutes les étiquettes.
Autrement dit, la mousse abondante d’un produit du commerce est un choix de formulation, pas une conséquence du nettoyage. On l’y a mise parce que l’acheteur juge un produit à sa mousse. Une recette maison au savon ne peut pas y arriver, et ce n’est pas ce qu’on doit lui demander.
Quelle part de votre savon le calcaire consomme-t-il ?
C’est le calcul que personne ne publie, et il change complètement la lecture d’une recette. La dureté d’une eau se mesure en degrés français. Un degré français vaut 10 mg de carbonate de calcium par litre, soit 4 mg de calcium.
Prenons une eau à 25 degrés français, courante dans une bonne partie du pays. Elle contient donc 100 mg de calcium par litre, c’est-à-dire 2,5 millimoles. Or chaque ion calcium capture deux molécules de savon pour former un savon de chaux insoluble. Il faut donc 5 millimoles de savon par litre uniquement pour saturer le calcium présent, ce qui représente, pour de l’oléate de sodium, environ 1,5 g de savon par litre d’eau.
Une bassine de 5 litres consomme ainsi près de 7,5 g de savon avant qu’une seule bulle n’apparaisse. C’est l’équivalent d’une bonne cuillère à soupe de savon râpé, partie en dépôt. Et ce dépôt n’est pas neutre : c’est lui qui laisse le film terne sur les verres et la sensation grasse sur les mains.
| Dureté de l’eau | Calcium par litre | Savon neutralisé par litre | Ce que ça donne à l’évier |
|---|---|---|---|
| 8 °f, eau douce | 32 mg | environ 0,5 g | Le savon mousse presque normalement |
| 15 °f, eau moyenne | 60 mg | environ 0,9 g | Mousse faible, rinçage encore correct |
| 25 °f, eau dure | 100 mg | environ 1,5 g | Peu ou pas de mousse, dépôt visible |
| 35 °f, eau très dure | 140 mg | environ 2,1 g | Film gris sur les verres, recette inutilisable telle quelle |
La dureté de votre commune est publiée par l’agence régionale de santé et figure souvent sur la facture d’eau. C’est la première chose à regarder avant d’accuser la recette : deux personnes qui suivent le même mode d’emploi à 200 km d’écart n’obtiennent pas le même produit.
La mousse mesure-t-elle le pouvoir dégraissant ?
Non, et c’est le malentendu central. La mousse est une dispersion d’air stabilisée par un tensioactif à l’interface. Le dégraissage, lui, se joue ailleurs : le tensioactif entoure la gouttelette de gras et la met en suspension dans l’eau pour qu’elle parte au rinçage. Les deux propriétés viennent de la même famille de molécules, mais elles ne varient pas ensemble.
Il y a même une observation qui va dans l’autre sens, et que tout le monde a déjà faite : quand on lave une poêle très grasse, la mousse s’effondre. Ce n’est pas que le produit a cessé de travailler, c’est justement qu’il travaille, le tensioactif quitte la surface des bulles pour aller entourer le gras. La mousse revient quand le gras est capturé.
La conséquence pratique est utile : jugez votre recette sur l’assiette, pas sur l’évier. Un verre rincé qui sèche sans trace et une assiette qui ne glisse pas sous le doigt valent tous les nuages de bulles.
Pourquoi le vinaigre annule-t-il votre recette ?
Beaucoup de recettes ajoutent du vinaigre blanc, en général pour l’effet anticalcaire. Dans un produit au savon, c’est contre-productif, et pour une raison chimique simple.
Le savon est le sel d’un acide gras. Un acide plus fort que lui, comme l’acide acétique du vinaigre, lui reprend son ion sodium et le rend à son état d’acide gras, qui est insoluble dans l’eau. Le mélange se trouble, un dépôt blanc apparaît, et le pouvoir lavant disparaît. C’est la même mécanique que le savon de chaux, par un autre chemin.
Le bicarbonate pose un problème inverse mais réel : il ne détruit pas le savon, mais il n’apporte presque rien en solution diluée, et il finit souvent au fond du flacon. Si vous voulez de l’acide pour le calcaire, utilisez-le séparément, au rinçage, jamais dans le même flacon que le savon. Le même raisonnement vaut d’ailleurs pour le linge, où le savon de Marseille est conseillé partout sur les taches, y compris sur une tache de transpiration incrustée, avec exactement la même limite en eau dure.
Comment rattraper une recette qui ne mousse pas ?
Quatre points, du plus simple au plus engageant.
- Adoucissez l’eau avant le savon. Une cuillère à café de cristaux de soude dans l’eau de la bassine fait précipiter le calcium avant qu’il ne rencontre le savon. Le dépôt se forme quand même, mais il ne consomme plus votre produit. Portez des gants, les cristaux de soude sont irritants.
- Retirez le vinaigre de la recette. S’il y en a, c’est la première chose à supprimer. Aucune autre modification n’aura d’effet tant qu’il est là.
- Changez de tensioactif. Un tensioactif d’origine végétale insensible au calcaire, vendu en magasin de matières premières cosmétiques, remplace le savon dans la recette et mousse en eau dure. On sort alors du produit à trois ingrédients, mais on obtient un vrai liquide vaisselle.
- Acceptez une texture liquide. Les recettes qui épaississent au repos le font par gélification du savon, pas par concentration. Un produit fluide n’est pas un produit raté, il se dose simplement autrement.
Une précision de sécurité qui revient souvent : ne fermez jamais hermétiquement un flacon encore chaud, et n’utilisez pas de récipient alimentaire non identifié pour stocker un produit d’entretien. Le contenant se rince, s’étiquette, et se range hors de portée des enfants, comme n’importe quel produit ménager, même fait maison.
Que peut-on vraiment attendre d’un liquide vaisselle maison ?
Sur une vaisselle courante, peu grasse, et en eau douce ou moyenne, une recette au savon fait le travail : elle décroche les résidus, elle se rince, elle ne laisse pas d’odeur. Sur du gras cuit, une plaque de four ou une poêle en fonte, elle atteint sa limite, et il faut alors passer par le trempage chaud et l’action mécanique plutôt que par le produit.
Le vrai gain n’est pas la performance, il est ailleurs : moins d’emballages, une composition connue, un coût de revient faible, et la possibilité de faire de très petites quantités. Il faut simplement savoir ce qu’on abandonne, c’est-à-dire la mousse et la constance d’un produit formulé. La cuisine est pleine de ces arbitrages où le geste remplace le produit, du plat qui attache au bocal en verre bloqué qu’on ouvre à la force du poignet.
Questions fréquentes
Comment connaître la dureté de mon eau ?
Elle est indiquée sur la facture d’eau ou sur le site de l’agence régionale de santé, commune par commune, en degrés français. Une bandelette de test vendue en magasin de bricolage donne le même ordre de grandeur en une minute.
Le savon noir mousse-t-il mieux que le savon de Marseille ?
À peine. Le savon noir est un savon de potasse, plus soluble, ce qui aide un peu, mais il reste un carboxylate et il précipite avec le calcium exactement de la même façon. Le gain se voit surtout en eau moyennement dure.
Peut-on utiliser un liquide vaisselle maison dans un lave-vaisselle ?
Non. Un lave-vaisselle a besoin d’un produit très peu moussant : une mousse abondante déborde, empêche le bras de tourner et peut atteindre l’électronique. Les produits pour lave-vaisselle sont formulés pour ne pas mousser du tout.
Pourquoi ma recette s’épaissit-elle puis redevient liquide ?
Le savon dissous à chaud forme un gel en refroidissant, puis se sépare quand la structure se relâche. C’est normal et sans conséquence sur l’efficacité. Secouez avant usage, et faites de petits volumes que vous consommez en quelques semaines.
Faut-il ajouter des huiles essentielles ?
Elles ne renforcent pas le lavage et ne se rincent pas toujours bien sur la vaisselle. Elles ne sont pas anodines pour les personnes sensibles, ni pour les animaux domestiques. Sur un produit qui touche des assiettes, elles apportent une odeur et un risque, pas une performance.
Précaution : les cristaux de soude et la soude caustique ne sont pas la même chose et ne s’emploient pas de la même façon. Les cristaux de soude s’utilisent avec des gants, sans contact avec les yeux. Ne mélangez jamais un produit acide et un produit chloré. Étiquetez tout flacon de produit d’entretien fait maison et rangez-le hors de portée des enfants.
Sources
Sources consultées le 6 septembre 2026.
- EUR-Lex, règlement (CE) n° 648/2004 sur les détergents : eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32004R0648